Classique

Les Amoureux de Sylvia d’Elizabeth Gaskell

Note : ★★★★☆ — « Cette riche et pointilleuse lecture m’a fortement séduit grâce à un univers retranscrit avec réalisme et précision et grâce à une fine et poussée analyse de la fresque sociale dévoilée. Je regrette seulement de ne pas être parvenu à m’attacher totalement à ce triangle amoureux, formé de personnages construits avec nuances et à la psychologie disséquée avec détails et pragmatisme. »

« La mémoire de l’homme est moins constante que les flots. »

Résumé :
1796. La guerre contre la France révolutionnaire fait rage et ses répercussions ébranlent les provinces anglaises les plus lointaines. Le petit port baleinier de Monkshaven (Yorkshire) paie un lourd tribut en hommes valides, que les sergents recruteurs, haïs par la population, kidnappent de force pour servir le Roi. L’héroïne, Sylvia Robson, seize ans, fille unique de fermiers locaux, est une jolie sauvageonne, follement aimée par son terne cousin, Philip Hepburn. Arrive un harponneur audacieux et généreux, qui tombe amoureux d’elle et chavire son coeur. Hélas, les recruteurs vont bouleverser ces vies… Le caractère de Sylvia, fait pour l’insouciance et la légèreté, se trempe et prend une envergure dont personne ne l’aurait cru capable. Dans ce grand roman victorien, Elizabeth Gaskell montre les passions à l’oeuvre chez des gens ordinaires, et décline sur plusieurs tons le thème de l’amour frustré. Plongés dans une tourmente qui les dépasse, les personnages sont livrés à la violence de leurs sentiments, qui fait écho à celle de l’Histoire.

Chronique :
La découverte de la plume d’Elizabeth Gaskell avec son œuvre Nord et Sud avait été une véritable révélation. Malheureusement, j’avais quelque peu déchanté avec son roman Cranford qui a peiné à me convaincre. C’est pourquoi, j’étais plus qu’impatient de retrouver à nouveau cette auteure et le moins que l’on puisse dire n’est autre que sans totalement adoré cette lecture, je l’ai fortement appréciée car elle n’a cessé de me rappeler cette première rencontre.

En effet, comme précédemment avec Nord et Sud, l’auteure dissèque et décortique tout en finesse et avec une extrême minutie un pan de l’histoire de l’Angleterre qui m’était jusqu’à présent totalement inconnu et que j’ai adoré découvrir. Sous fond de guerres et de conflits, cette dernière est parvenue à offrir une histoire d’amour tragique et dramatique que j’ai fortement apprécié. Quand bien même sa plume s’était dévoilée réaliste, intéressante et critique, j’ai pris plaisir à découvrir une dimension bien plus noire et sombre cette fois-ci. J’ai vraiment été surpris par la noirceur et le pessimisme qui émane de ce roman et qui n’a cessé de me rappeler la plume – que j’aime tant – de Thomas Hardy. Cette funeste histoire d’amour a sens unique est aussi belle que triste à parcourir. Elizabeth Gaskell n’hésite pas un seul instant à faire souffrir ses personnages pour offrir une pointilleuse et acerbe analyse de son univers drastiquement orchestré. C’est autour du port de Monkshaven qu’elle puise son inspiration pour y construire cette remarquable et grandiose peinture sociale. J’ai été séduit par ce choix qui m’a permis de découvrir de nouveaux horizons et de nouvelles castes sociales souffrantes du régime politique dévoilé. La violence qu’ont pu subir certains paysans m’a vraiment surpris autant qu’elle m’a revoté. Ce sont d’ailleurs les parties historiques de cette œuvre qui m’ont le plus captivé et c’est une chose que j’apprécie chez Elizabeth Gaskell, cette dernière sait prendre position ! De plus, celle-ci ne se focalise pas seulement sur l’histoire de ses personnages mais prend le temps et le soin de dépeindre en détail tout l’arrière plan de cette dernière, apportant parfois quelques longueurs alourdissantes ma lecture, lui permettant néanmoins de partager un récit hautement réaliste et particulièrement intéressant.

Cette richesse se démontre aussi à travers ses personnages et sa fresque sociale. L’auteure n’est pas avare en descriptions et dessine des protagonistes finement construits et parfaitement taillés à la psychologie travaillée et nuancée. Ainsi et qu’il s’agisse de la jeune innocente Sylvia ou bien du rangé Philip, mais aussi du mystérieux harponneur Charley, aucun de ces personnages n’est foncièrement bon ou mauvais et possède autant de qualités que de défauts. Cette dualité omniprésente permet à Elizabeth Gaskell d’affirmer davantage cette fine et riche psychologie de ses personnages que j’ai pris plaisir à analyser. D’autant plus que Sylvia, notre jeune éprise, évoluera et grandira au fil des chapitres grâce à ses choix, ses erreurs et ses nombreuses déceptions qui lui permettront de s’affranchir en permanence. Pour autant, c’est bel et bien un funeste destin qui attend notre triangle amoureux et bien que surprenante, j’ai adoré cette fatalité sur laquelle nous laisse l’auteure. Cette brutalité lui permet de dévoiler une œuvre tout aussi percutante et pertinente et du même acabit que Nord et Sud. Cependant et malgré toutes les qualités analytiques de cette peinture sociale, j’admets regretter une certaine distance entre les personnages et moi et pour lesquels, je n’ai pas réussi à m’attacher totalement. Je pense que ces derniers ont souffert de la comparaison, entre autres, que j’ai involontairement réalisé entre mes précédentes rencontres – Margaret pour n’en citer qu’un – et eux.

Peu importe, cette riche et pointilleuse lecture m’a fortement séduit grâce à un univers retranscrit avec réalisme et précision et grâce à une fine et poussée analyse de la fresque sociale dévoilée. Je regrette seulement de ne pas être parvenu à m’attacher totalement à ce triangle amoureux formé de personnages construits avec nuances et à la psychologie disséquée avec détails et pragmatisme.

6 commentaires sur “Les Amoureux de Sylvia d’Elizabeth Gaskell

    1. Effectivement, les histoires d’amour tragiques avaient déjà leur popularité à l’époque. Si tu comptes tenter Gaskell, je te recommande surtout Nord et Sud qui est, jusqu’à présent, mon oeuvre favorite de cette dernière.

      Aimé par 1 personne

  1. Belle chronique ! Tu donnes envie à tous les amoureux de Nord et Sud malgré ce manque d’attachement que tu as ressenti pour les personnages. L’autrice donne à chaque fois envie de découvrir les tribulations du peuple.

    J’aime

    1. Merci du compliment 🙂
      Clairement, c’est ce que j’apprécie dans les œuvres réalistes de l’auteure. Cette dernière prend et campe fièrement sa position et n’hésite pas à offrir une fine et pertinente analyse de son univers.

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.