Essai

Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

Note : ★★★☆☆ — « Je pense être passé à côté de ma lecture qui n’est pas ce à quoi je m’attendais. En effet et au détriment du sujet initial, le féminisme se veut le sujet central de cet essai et malgré l’importance du message dévoilé, je n’ai pas réussi à être saisi par celui-ci. La faute à un style fort radical et virulent pour se démontrer véhément. Néanmoins, Sorcières m’a convaincu lorsque ce sujet était abordé grâce à la richesse du travail effectué par Mona Chollet. »


Prix de l’essai Psychologies-Fnac 2019

Résumé :

Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.
Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ?
Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.
Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Chronique :
Tout juste après ma récente découverte du monde de l’essai avec Jean Michelet et son œuvre La Sorcière, il m’a été vivement recommandé par Marion de découvrir cette œuvre de Mona Chollet. Très vite enthousiasmé par son pertinent résumé et sa couverture assez atypique mais néanmoins vive et percutante, je n’ai pas attendu longtemps pour trouver l’occasion de me procurer mon exemplaire. Malheureusement et j’en suis le premier désolé, j’admets ne pas avoir apprécié l’exercice et je pense être totalement passé à côté de cette lecture.

La faute à une tonalité bien trop virulente et acerbe me concernant. Alors que ce choix aurait pu servir la satire de Mona Chollet, ce fut tout l’inverse tant Sorcières m’a semblé être une plaidoirie assez venimeuse et caustique. D’autant plus que l’image de la sorcière sert seulement de prétexte à cette dernière pour s’exprimer sur les conditions actuelle des femmes de notre société occidentale et reste tout juste abordé lors de son introduction et lors de quelques parallèles entre le mouvement qu’est le féminisme actuel et celui, prétendu, des femmes exécutées injustement lors du siècle dernier. Je trouve ce parallèle à la fois pertinent et intéressant mais aussi assez réducteur. Non pas que les trop nombreuses victimes de cette chasse n’étaient pas à leurs manières confrontées aux mêmes difficultés que la gente féminine actuelle mais et de mon avis, je trouve le raccourci réalisé par Mona Chollet assez réducteur du fait des mœurs et coutumes sociologiques et historiques bien trop éloignée pour être aussi rapidement étudiées et pleinement comparées. D’autant plus et qu’au vu du sujet épineux et ne désirant pas paraître maladroit du fait de mon ignorance ainsi que de ma légitimité face au féminisme, je ne préfère pas m’étendre sur ce sujet quand bien même je reste conscient des inégalités et les injustices demeurant encore bien trop ancrées dans notre société.

Ainsi, je préfère me contenter du reste de son œuvre et qui attrait à l’image de la Sorcière dans la société. En ce sens, l’introduction dévoilée par Mona Chollet m’a plus que séduit. J’ai apprécié redécouvrir les grandes lignes de l’histoire qui se cache derrière ces procès et l’intentions réelles des bourreaux tout en redécouvrant et réinterprétant l’utilisation abusée et désabusée de ces femmes de pouvoirs – surnaturels ou non – qui ont bien plus que servi le monde dans lequel ces dernières évoluaient et ce jusqu’à l’écclésialité de ce dernier. L’essor religieux de l’époque verra la liberté et l’indépendance dont celles-ci jouissent d’un mauvais œil et contraire au système manichéen et patriarcal mis en route par ce système religieux. Bien plus que la violence des nombreuses exécutions d’innocentes personnes pour le bien de la société, cette traque a façonné l’image que nous renvoie ces victimes et ce encore actuellement. Ainsi, les figures de sorcières dans les films et autres œuvres culturelles se ressemblent toutes et l’image de ces dernière peine réellement à évoluer. Cet inconscient est parfaitement analysé et expliqué par Mona Chollet dont le travail de recherche lui permet d’apporter une certaine véracité et une réelle convenance dans ses propos dont les sources reste pertinentes. J’ai d’ailleurs noté quelques ouvrages cités et j’ai trouvé la biographie assez solide malgré une certaine répétions des œuvres étudiées ainsi que dans la construction de son œuvre. Mieux encore, j’ai eu l’impression d’écouter une voix bienveillante et bien-pensante et j’ai adoré cela. Malheureusement et une fois passée cette merveilleuse et nuancée introduction, le reste de Sorcières semble s’effriter au profit d’un discours bien plus tranchant et radical et en nette opposition avec ce que je venais de découvrir.

C’est pourquoi, je pense sincèrement être passé à côté de ma lecture qui n’est pas ce à quoi je m’attendais. En effet et au détriment du sujet initial, le féminisme se veut le sujet central de cet essai et malgré l’importance du message dévoilé, je n’ai pas réussi à être saisi par celui-ci. La faute à un style radical et virulent pour se démontrer véhément. Néanmoins, Sorcières m’a convaincu lorsque ce sujet était abordé grâce à la richesse du travail effectué par Mona Chollet et dont l’analyse de l’image – encore utilisée – forgée et détournée de ces dernières se démontre pertinente et saisissante.

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23 commentaires sur “Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet

  1. C’est vrai que la dimension militante féministe ne m’a pas dérangé en lisant ce roman, mais je peux comprendre qu’il puisse troubler certains lecteurs. C’est aussi ce à quoi je m’attendais en lisant cet essai. Je suis désolée que ma recommandation ne t’ait pas plu.

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    1. Ne t’en veux absolument pas ! Tu as vu me donner envie de découvrir une œuvre qui t’a touché et c’est ça l’essentiel 😉
      Surtout que j’ai beaucoup aimé l’introduction dédiée bien davantage à la figure de la sorcière.

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  2. Ce livre est dans ma liste d’envie depuis quelques temps, et j’avoue que le côté militantisme n’est pas vraiment ce que je recherche avec cette lecture même si je comprend que le lien soit fait entre l’image de la sorcière et la place de la femme dans la société. Je te remercie pour cet avis, car jusqu’à maintenant je n’avais lu que d’excellent retours à son sujet, et j’apprécie aussi les avis plus nuancés. 🙂
    Si le sujet t’intéresse, il y a aussi « Sorcière, de Circé aux sorcières de Salem » écrit par Alix Paré qui en plus d’être visuellement très beau et aussi très enrichissant. Elle revient sur l’histoire de la sorcière à travers l’art, et évoque aussi (à l’occasion) les liens avec la culture d’aujourd’hui et la place de la femme au fil des siècles. J’en ai fait un article sur mon blog l’année dernière si jamais. 🙂

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    1. Maintenant que tu es prévenue, peut-être que cette dimension militante te plaira plus qu’à moi. Non pas que j’ai trouvé impertinent ou inintéressant le parallèle entre la figure d’antan de la sorcière et l’image de la femme moderne mais j’ai trouvé celui-ci assez peu développé et trop facilement amené.
      Je note ta recommandation rien que pour le livre-objet que semble être cette œuvre dont je vais aller voir ta chronique 😉

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  3. Mince alors, c’est dommage ! Je l’ai lu récemment également et j’ai beaucoup aimé. Personnellement, je n’ai pas été déçue que le sujet réel de cet essai n’ait pas été les sorcières des chasses aux sorcières (peut-être parce que je m’y attendais, parce que je savais que ça serait le cas). Et le style ne m’a pas semblé si virulent ou vindicatif que ça (même si tu n’es pas le premier à trouver qu’il en est ainsi), c’est amusant de constater les différences de perception d’un même livre !

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    1. J’ai été étonné d’un tel choix après une si merveilleuse conclusion. J’ai trouvé le parallèle entre les sorcières d’antan et les femmes de notre époque assez rapide et douteux.
      Quant au ton, la plume de l’auteure m’a fait vraiment penser à un quelconque règlement de compte et j’avoue ne pas avoir été réceptif à celui-ci.
      Mais je peux comprendre que ce sujet révoltant touche et impacte certaines lectrices et autres lecteurs.

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      1. Tant pis, il y a toujours des avis différents !
        Personnellement, j’ai trouvé qu’elle nuançait ses opinions. Après, oui, elle a des avis forts, mais je n’en ai jamais été heurtée (alors que j’aurais pu prendre certaines « critiques » pour moi vis-à-vis de ma vie)

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  4. Je ne me rappelle pas avoir trouvé cet essai particulièrement virulent, mais je pense que le titre dessert peut-être le propos, en fait… Je n’étais pas d’accord avec tout, mais les sujets abordés m’ont semblé intéressants 🙂
    J’en avais parlé sur mon blog si ça te tente de comparer nos avis 😉

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    1. Ah oui, j’ai trouvé le ton assez virulent et sec. L’auteure ne donne pas dans la demie mesure mais semble parfois assez vindicative j’ai l’impression.
      Je vais découvrir ton avis de ce pas 😉

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      1. Je n’ai pas souvenir d’avoir déjà lu un essai féministe qui fait dans la demi-mesure ^^ Celui-ci m’a semblé plus sarcastique que virulent, mais vindicatif, sûrement un peu, oui. A raison à mon avis, mais c’est un autre débat.

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    1. Il y a bien plus d’avis flatteurs que de déceptions comme moi même si je suis rassuré de voir que je ne suis pas le seul à ne pas avoir apprécié cette lecture ou à être passé à coté.

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    1. Militant, c’est le terme que je cherchais tout le long de ma lecture ! Merci pour le vocabulaire 😉
      Clairement, si le ton avait été constant et proche de celui de l’introduction que j’ai adoré, je suis certain que j’aurais bien plus apprécié ma lecture. Pour le coup, trop de revendication tue la revendication selon moi.

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