Chroniques de Steven·Classique

La Locataire de Wildfell Hall d’Anne Brontë

Note : ★★★★★ — « Une fois de plus, Anne Brontë livre une très belle et poignante leçon de vie. À travers son héroïne touchante et courageuse, cette dernière traite de sujets forts et révoltants peu importe l’époque et se fait porte parole d’un message féministe juste et pertinent qui a raisonné en moi. J’ai tout simplement vibré au rythme de sa prose. »

lalocataire

Résumé :
Publié en 1848, La Recluse de Wildfell Hall, qui analyse sans concession la place des femmes dans la société victorienne, est considéré comme l’un des tout premiers romans féministes. Ce titre méconnu entretient, comme l’a souligné la critique moderne, de nombreux liens avec Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. on y retrouve notamment les mêmes thèmes: alcoolisme, violence masculine corruption de l’enfance… Qui est la mystérieuse nouvelle locataire de Wildfell Hall? On ne sait pas d’où vient cette artiste qui se fait appeler Mrs Graham, se dit veuve et vit comme une recluse avec son jeune fils. Son arrivée alimente toutes les rumeurs dans la petite communauté villageoise et éveille l’intérêt puis l’amour d’un cultivateur, Gilbert Markham. La famille de Gilbert. est apposée à cette relation et petit à petit, Gilbert lui-même se met à douter de sa secrète amie. Quel est le drame qu’elle lui cache ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

Chronique :
Les sœurs Brontë sont des auteures que j’affectionne particulièrement pour la beauté de leurs plumes ainsi que pour leur talent indéniable et, alors que j’avais adoré Agnès Grey d’Anne, j’étais très impatient de découvrir ce second roman qui semble-t-il, a défrayé la chronique à sa publication.

Après lecture faite, je peux comprendre le choc des mœurs d’antan. Même si de nos jours le comportement de Helen n’en demeure pas moins exemplaire, il faut remettre la place de la femme au sein du couple dans ce contexte historique. Ainsi, découvrir la déchéance et les coups durs de la vie conjugale qu’a fortement subi notre jeune femme mystérieuse m’a bien souvent révolté et ému. En ce sens, Anne Brontë traite de sujets forts et malheureusement encore beaucoup trop présents et parfois tabous dans notre société actuelle pourtant bien moins puritaine. De plus, aimant être percuté lorsque je me lance dans une lecture, ce fut le cas avec celle-ci. Nous sommes bien loin du cadre idyllique des Landes anglaises bien que très bien représentées. En effet, derrière l’accalmie et la quiétude de cette campagne, se cachent bien des maux et des divisions sociales.
De plus et à l’image de sa précédente héroïne, le personnage présenté cette fois-ci par l’auteure est une fois de plus extrêmement attachant et empathique. Je me suis souvent mis à sa place afin d’essayer de comprendre au mieux Helen. En dévoilant son passé sans une once de secret et en la mettant à nu, un lien assez intimiste se met en place entre cette dernière et le lecteur. J’ai vraiment apprécié ressentir cet étroit sentiment qui m’a permis de vibrer au rythme des révélations et autres péripéties. D’autant plus que notre héroïne déborde de courage et ose braver les interdits ainsi que le cadre qui la conditionne et malgré les conséquences de ses décisions, celle-ci n’hésite pas à se défaire de ses démons afin d’essayer de se reconstruire sans pour autant se révolter totalement. Cette pondération n’est pas à prendre pour de la pudeur et j’ai aimé ce contraste présent jusqu’à la dernière page.

Plus spécialement, la plume d’Anne Brontë que j’avais déjà adoré avec Agnes Grey m’a fortement surpris pour la forme et par la construction de ce second roman. En effet, c’est au travers du journal intime de notre héroïne que cette dernière nous dévoile toutes l’intrigue et ses enjeux et qu’elle offre toutes les réponses à son lectorat. Grace à ce procédé, cette dernière offre donc une histoire dans son histoire. J’ai trouvé ce choix pertinent et rafraîchissant dans le genre et il m’a permis de maintenir mon éveil jusqu’à la dernière page. De plus, il dénote une réelle évolution du style et du travail de l’auteure. Ainsi, son second roman peut paraître bien plus mature et sérieux que son prédécesseur pourtant déjà fortement réaliste.
Pour autant, La Locataire de Wildfell Hall reste d’une simplicité de lecture étonnante malgré la beauté et la richesse de sa prose. Je n’ai eu aucune difficulté à être transporté et happé par ce roman. Il faut dire que le message est clair et direct et qu’Anne Brontë n’a pas peur d’offusquer son lecteur. Encore une fois et au vu de la date de sa publication, j’imagine le bruit qu’a dû faire cette publication au sein de la société. Cela va au delà de la simple critique que bon nombre d’auteur(e)s abordaient déjà à l’époque. C’est un roman viscéral qui peut prendre aux tripes du fait des sujets traités. Néanmoins, n’oublions pas que le romantisme baigne et influence lui aussi cette ère de l’histoire. Ainsi, la romance et l’initiation à l’amour reste le fondement de cette œuvre et sont traités avec douceur, mélancolie et justesse. Ainsi, j’ai apprécié la relation naissante entre Helen et Gilbert, le narrateur principal, tout comme son évolution. J’ai été touché par ces deux êtres aussi sensibles et aimants l’un que l’autre.

Une fois de plus, Anne Brontë livre une très belle et poignante leçon de vie. À travers son héroïne touchante et courageuse, cette dernière traite de sujets forts et révoltants peu importe l’époque et se fait porte parole d’un message féministe juste et pertinent qui a raisonné en moi. J’ai tout simplement vibré au rythme de sa prose.

16 commentaires sur “La Locataire de Wildfell Hall d’Anne Brontë

  1. Tu as une écriture tellement poétique, toi aussi ! « Vibrer au rythme de sa prose »… C’est sublime, une nouvelle fois, tu m’as mis des étoiles pleins les yeux. Personnellement, les soeurs Brontë m’ont toujours intrigué ; j’avais lu Jane Eyre, lorsque j’avais à peu près dix ans. J’étais trop jeune pour tout comprendre, je pense. Mais je me suis demandée : « Pourquoi écrire un récit aussi triste ? ». C’est à partir de là où j’ai commencé à m’intéresser à elles, et à leur vie. Cette question d’enfant me fait bien rire, aujourd’hui, mais elle est le pilier du mystère qui entoure, dans mon esprit, les Brontë.

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    1. Merci pour tant de compliments dont je ne suis pas certain qu’il soit justifiable mais qui me vont droit au cœur !

      Personnellement, bravo pour voir découvert les plumes des sœurs de si bonne heure ! A cet âge, je me consacrais exclusivement à HP 😉
      Cependant, je te rejoins quand à ta curiosité car je détiens la même pour les sœurs ainsi que pour Jane Eyre. Je trouve leurs talents ainsi que leurs des plus passionnants et pertinents à découvrir. J’ai d’ailleurs dans ma PAL Les soeurs Brontë – La force d’exister de Laura El Makki que je dois découvrir ce mois-ci. J’espère apprécié cette découverte.

      Encore merci à toi pour chacun de tes passages et de tes commentaires !

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    1. Je suis bien d’accord. Je comprends pourquoi il est souvent cité comme le premier roman féministe publié.
      J’ai vraiment aimé le caractère de notre chère héroïne.

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  2. Je ne connaissais pas ce livre, ni l’auteur, mais ton avis me donne vraiment envie de le découvrir ! 🙂 Merci pour ce bel avis !

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    1. Je ne peux que t’encourager à faire la connaissance des sœurs Brontë. Chacune d’elle possède un talent indéniable.
      J’espère que ce roman te plaira autant qu’à moi 😉

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  3. Je dois dire que ton avis me donne très envie de le tenter ce roman autant en raison de l’empathie induite par l’héroïne que la construction sous forme de journal intime que j’affectionne toujours beaucoup !

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