Historique

Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

Note : ★★★★☆ — « Je ne peux affirmer ne pas avoir apprécié ce roman tant celui-ci m’a autant marqué que percuté tout en étant dérangé par certains de ses aspects. Ainsi et si j’ai adoré le sujet traité avec réalisme et émotions, j’ai été dérangé par certains caractères des personnages féminins dévoilés. »


Inspiré de faits réels, Les Graciées captive par sa prose, viscérale et immersive. Sous la plume de Kiran Millwood Hargrave, ce village de pêcheurs froid et boueux prend vie.

Résumé :
1617, Vardø, au nord du cercle polaire, en Norvège.
Maren Magnusdatter, vingt ans, regarde depuis le village la violente tempête qui s’abat sur la mer. Quarante pêcheurs, dont son frère et son père, gisent sur les rochers en contrebas, noyés. Ce sont les hommes de Vardø qui ont été ainsi décimés, et les femmes vont désormais devoir assurer seules leur survie.
Trois ans plus tard, Absalom Cornet débarque d’Écosse. Cet homme sinistre y brûlait des sorcières. Il est accompagné de sa jeune épouse norvégienne, Ursa. Enivrée et terrifiée par l’autorité de son mari, elle se lie d’amitié avec Maren et découvre que les femmes peuvent être indépendantes. Absalom, lui, ne voit en Vardø qu’un endroit où Dieu n’a pas sa place, un endroit hanté par un puissant démon.

Chronique :
Bien souvent désignée comme l’auteure féministe incontournable du moment, j’ai eu l’occasion de croiser la plume de Kiran Millwood Hargrave avec sa dernière œuvre en date, Les Filles qui ne mouraient pas qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Néanmoins, j’étais curieux de retrouver cette dernière avec son œuvre qui semble faire l’unanimité auprès des lecteurs qui, même si je l’ai bien plus appréciée, je ressors quand même assez mitigé et perplexe de cette dernière.

Comme précédemment, je n’ai pas trouvé ce récit féministe et encore bien moins réformateur. Mise à part la place importante et indissociable au cadre historique dévoilé avec Les Graciées, le résultat est bien loin de m’avoir pleinement convaincu. Pourtant le pan de l’Histoire dépeint par l’auteure se veut un sujet des plus fascinant malgré toute sa barbarie et sa violence révoltantes. En ce point, j’ai totalement adoré et adhérer à cette lecture grâce au réalisme de cette macabre chasse aux sorcières dévoilées et, c’est avec révolte, tristesse et parfois résilience que j’ai suivi les destinées de ces femmes qui ont payé de leurs vies, leur bravoure ainsi que leur courage synonymes de détachement et d’émancipation. Prenant place dans une période très pieuse, ce désir d’indépendance et cette soif de liberté est bien souvent perçu d’un mauvais œil et signe de mauvais augure. Néanmoins et malgré tout son caractère scandaleux, j’ai trouvé bien regrettable ce que réalise de ses personnages Kiran Millwood Hargrave. Cette dernière terni bien largement la force de ses propos et de ses convictions à cause d’une mise en exergue de la méchanceté, de la jalousie et des commérages de certains des personnages féminins dévoilés. J’ai trouvé assez réducteur et caricaturé certaines réactions qui desservent tout le discours amorcé par l’auteure à travers cette funeste traque.
En ce sens, je ne suis pas parvenu à m’attacher totalement aux protagonistes dévoilés et je suis rester bien trop souvent en retrait et assez distant les concernant. Finalement, seules les héroïnes de ce roman, Maren et Ursula sauvent quelque peu la donne et j’admets avoir pris énormément de plaisir à découvrir leurs caractères et la finesse de construction de ces personnages. Ces deux femmes lieront entre elles une merveilleuse amitié, porteuse de magnifiques valeurs telles que la solidarité et la tolérance par exemple. Que j’aurais apprécié que les autres maîtresses de ce roman soit du même acabit. Pour autant et à sa décharge, le traitement réservé à ces dernières permet à l’auteure d’évoquer avec force et délicatesse à la fois le sujet du racisme fortement ancré dans cette société d’antan.

Concernant la plume de Keran Millwood Hardgrave et alors que l’avais trouvée précédemment assez peu loquace et parfois superficielle, il en a été tout l’inverse cette fois-ci. J’ai trouvé le style de l’auteure bien plus poétique et aérien que par le passé et sa plume se démontre des plus mélodieuse et envoûtante à parcourir. J’ai plus qu’été sensible aux environnements dévoilés qui se sont démontrés aussi fascinants que froids et austères à découvrir. Sans être totalement dépaysé, j’ai quand même eu cette enivrante impression d’exode et de voyage. Découvrir le quotidien de ce peuple meurtri par la vie qui tente de se reconstruire m’a vraiment séduit et, finalement, seule la seconde partie rassemble parfois quelques longueurs. Pour le reste et plus particulièrement la dernière partie, cette dernière démontre toute l’étendue de la sensibilité de l’auteure qui offre une apothéose et palpitante conclusion à son roman. J’ai vibré au rythme des derniers chapitres qui débordent de poignantes émotions et de sensibles sentiments auxquels j’ai été plus que réceptif.

C’est pourquoi, je ne peux affirmer ne pas avoir apprécié ce roman tant celui-ci m’a autant marqué que percuté tout en étant dérangé par certains de ses aspects. Ainsi et si j’ai adoré le sujet traité avec réalisme et émotions, j’ai été dérangé par certains caractères des personnages féminins dévoilés. Finalement et bien que révoltant, les victimes de cette chasse aux sorcières ne sont-elles pas la conséquences de querelles et autres médisances de leurs semblables ? C’est l’impression que me laisse cette singulière lecture.

Cette lecture a été réalisée à l’occasion du Flowers Books Challenge – 2022 : Catégorie Rose.

Cette lecture a été réalisée à l’occasion du Challenge Cottagecore – 2022 : Menu Rêveries au bord de l’eau/Méfiez-vous de l’eau qui dort.

17 commentaires sur “Les Graciées de Kiran Millwood Hargrave

  1. Les réactions de certaines femmes m’ont malheureusement parues réalistes. J’ai beaucoup aimé ce roman mais plus pour ses héroïnes et quelques personnages secondaires, et pour le récit lui-même. Au niveau de l’écriture, il y a quelque chose d’un peu distant.

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    1. Ah oui ? J’ai trouvé que les protagonistes manquaient cruellement de solidarité et il est vrai que cela n’en est pour autant pas réaliste.
      Je te rejoins sur la plume de l’auteure, qui même si je l’ai trouvée plus poétique, n’est pas parvenue à m’immerger.

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      1. C’est une époque de méfiance, et on ne peut pas dire que ce soit si lointain – aujourd’hui encore, il y a des personnes bien soupçonneuses pour pas grand chose, voire pour rien. Et à cela, on peut ajouter la jalousie. C’est vrai que l’on peut regretter le manque de solidarité, pourtant, les quelques formes que l’on trouve dans le roman sont fortes, je trouve.
        Clairement, c’est avec la plume que j’ai eu le plus de mal. Ou c’est la traduction ? Je ne sais pas, mais il y a une facon d’écrire qui est assez froide, c’est certain. Plus poétique, tu as raison, mais loin d’être chaleureuse (à part peut-être quelques rares moments de grâce ?).

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      2. Ton point de vue est fortement intéressant et j’avoue que cela m’offre une autre vision de cette œuvre. Comme quoi, chaque lecture est différente et offre différentes émotions aux lecteurs.

        Je t’avoue que j’ai trouvé la plume assez touchante lors de la dernière partie et j’aurais voulu que toute le récit soit du même acabit.

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    1. C’est surtout qu’exceptées les héroïnes de ce roman, les autres femmes de celui-ci se veulent parfois bien trop néfastes et se révèlent aussi destructrices que l’antagoniste. Je regrette ce constat qui donne terni le message véhiculé par l’auteure.
      Pour le reste et effectivement, j’ai apprécié ma lecture pour son côté poétique et aérien.

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  2. Je suis contente que tu aies davantage apprécié son écriture, par rapport à « Les filles qui ne mouraient pas » (qui traîne encore dans ma bibli depuis Noël). Pour ma part, je trouve que la méchanceté de ces femmes (et hommes), très pieuses, est naturellement engendrée par la peur et l’emprise de la religion. J’ai trouvé cela cohérent, surtout pour l’époque. J’ai réalisé tout le caractère exceptionnel, la force et le courage d’autres figures féminines, comme Kristen, ou Maren et Ursa. Mais comme toi, je suis restée assez distante par rapport aux autres personnages. Un point qui fait que ce roman n’a pas été un coup de coeur (mais presque), c’est justement que la 2ème partie est un peu longuette.

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    1. Ton point de vue et intéressant et encore plus pertinent mais j’avoue ne pas le partager. Je peux comprendre que la société de l’époque était dirigée par des codes biens pieux et puritains mais j’aurais apprécié une plus grande solidarité entre les femmes peuplant ce roman. Finalement, l’auteure m’a semblé légèrement caricaturé les relations de ces dernières.
      Néanmoins et sans en avoir fait mention, j’ai beaucoup apprécié découvrir Kirsten ainsi que Maren et Ursula.

      Je suis aussi rassuré de lire que je le suis pas le seul à avoir trouvé la seconde partie en deçà du reste.

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  3. Je l’ai vu passer plusieurs fois et je n’avais pas bien compris quel était le sujet du livre ^^ D’après ce que tu en dis, je ne pense pas que ça soit pour moi. Ma WL te dit merci 😆

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    1. Je t’en prie, si ça peut te faire gagner du temps et de l’argent, je suis content. Personnellement, la période de la chasse aux sorcières me plait énormément lorsque le sujet est bien développé et amené.

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      1. Si tu ne l’as pas déjà lu, Un Bûcher sous la Neige de Susan Fletcher pourrait te plaire, alors 😉

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      2. Merci pour la recommandation que je ne peux qu’approuver ayant lu et été émerveillé pour ce magnifique roman contemplatif ! J’ai adoré le courage et la résilience de Corrag ainsi que la plume de l’auteure.

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  4. Je suis assez fatiguée de l’image caricaturale que certains livres renvoient des femmes… À part ce point, ce roman me tente pas mal étant intéressée par tout ce qui touche à la chasse aux sorcières. Néanmoins, vu ton avis mitigé, je pense faire glisser le roman de ma wish list à ma wish list livres audio , un format qui me permet en général d’être un peu plus patiente quand il y a quelques faiblesses dans un roman.

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    1. Je ne peux que te rejoindre et encore plus que l’auteure est censée de démontrer féministe. Malgré l’importance du rôle des femmes dans ce roman, je n’ai pas apprécié comment ces dernières se traitent entre elles.
      Le livre audio semble un bon compromis effectivement. En tous les cas, il serait plus qu’intéressant de découvrir ton avis sur ce sujet.

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  5. Ton avis rejoint un peu ce que j’ai déjà lu au sujet de ce livre au niveau de ton ressenti sur les protagonistes 🙂
    Dans tous les cas, je le lirai quand même un jour.
    Bonne journée !

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